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Refus de consommation du veau : une question de comportement ou d'aliment ?

Les éleveurs laitiers sont très sensibles à l’appétence des aliments solides distribués à leurs veaux : c’est le critère d’achat numéro 1 (étude Agrinova 2014). Ils redoutent particulièrement un manque d’ingestion de l’aliment, d’autant plus qu’ils savent à quel point elle est cruciale pour le développement du rumen et de la génisse en vache laitière.
En élevage, les difficultés d’ingestion sont nombreuses, malgré les efforts des fabricants. Ceci est lié à un phénomène bien identifié par les scientifiques mais peu relayé sur le terrain : la néophobie, autrement dit, la réticence vis-à-vis d’un aliment non reconnu. Ce phénomène physiologique est incontournable et finit toujours par disparaître.
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CCPA et DELTAVIT ont développé un guide d'élevage, des outils de suivi et des aliments, pour mieux maîtriser la technique d'élevage et la nutrition des veaux laitiers. ©CCPA
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Figure 1. Le phénomène de néophobie peut être plus ou moins marqué mais se retrouve à l'introduction d'un nouvel aliment ©DELTAVIT
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Figure 2. Les veaux en cases collective sont plus à même de consommer un nouvel aliment ©DELTAVIT

Inappétence de l’aliment ou néophobie : protection vis-à-vis d’un aliment inconnu ?

Il est très compliqué de prévoir l’appétence d’un aliment pour les ruminants et a fortiori pour les veaux. On sait maintenant que le veau redoute les goûts amers et astringents, puisqu’ils sont des marqueurs de poisons. Le veau est surtout sensible au goût sucré et les fabricants de produits pour veau intègrent cette composante.

Malgré les efforts pour obtenir une bonne combinaison de goûts sur le papier, des tests fréquents, un choix de matières premières sucrées et des essais en élevages qui permettent la sélection de telle ou telle solution, les « accidents » de consommation surviennent. Le phénomène de néophobie vient peut-être perturber l’introduction d’un nouvel aliment.

La néophobie est définie comme l’évitement et la réticence à gouter des aliments non familiers (Cooke et al., 2006). Ce phénomène est bien identifié chez les ruminants (Chapple and Lynch, 1986). Elle résulte d’un phénomène physiologique de protection de l’animal afin d’éviter les aliments toxiques et ceux trop riches en certains nutriments.

Quelles sont les préconisations pour faire face à la néophobie alimentaire des veaux ?

Des transitions alimentaires douces

Il est préférable d'introduire le nouvel aliment en ratios progessifs dans le régime alimentaire du veau.

Donner le temps au veau de s'habituer au nouvel aliment

Lorsqu’un nouvel aliment leur est proposé, les ruminants le testent en n’ingérant dans un premier temps que de petites quantités (Chapple and Lynch, 1986 ; Chapple et al., 1987. ; Thorhallsdottir et al., 1987). 
Chaque jour, la consommation du nouvel aliment du veau va s'accroître. Sur la figure 1 (Launchbaugh, 1995), c'est à partir du 6e jour que la consommation du nouvel aliment atteint la normale de 20 g/j.

Squibb et al. (1990) estiment que la néophobie, à ne pas confondre avec l’inappétence, est la cause majeure de manque de consommation de l’aliment solide par des animaux non expérimentés. Alors que certains aliments sont initialement plus acceptés que d’autres, il n’existe aucun aliment acceptable instantanément par tous les ruminants, excepté peut-être le lait de la mère (Launchbaugh, 1995 ; Figure 1).

Les élevages aves des cases individuelles demandent plus d'attention

Le veau est influencé par le comportement de ses congénères. L’apprentissage social permet à l’animal inexpérimenté d’éviter le risque de tester chaque nouvel aliment (Galef and Laland, 2005; Nicol, 2006). Costa et al. (2014) ont présenté deux essais au cours desquels ils proposaient un nouvel aliment durant 30 minutes 3 jours d’affilé. L’un des groupes était constitué de veaux élevés en cases individuelles de la naissance au sevrage et l’autre, de veaux insérés dès la naissance dans un groupe d’autres veaux et vaches.
Dans le premier essai, les veaux en case collective ont consommé 2 fois plus d'aliment que le groupe case individuelle (Figure 2). Dans le second, le groupe case collective a consommé 4 fois plus que le groupe case individuelle. Dans ce second essai, certains veaux ont même refusé de toucher à l’aliment.

De la même manière, les veaux en case collective étaient plus prompts à gouter le nouvel aliment que les veaux en case individuelle : 1 min 23 s contre 3 min 58 s pour l'essai 1 et 3 min 09 s contre 6 min 38s pour l'essai 2.

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