Stress thermique chez la volaille : alcalose respiratoire et enjeu d’hydratation

Lors d’un coup de chaleur, les poules augmentent leur fréquence respiratoire (halètement) pour évacuer la chaleur corporelle par évaporation. Ce mécanisme de thermorégulation entraîne une élimination excessive de dioxyde de carbone (CO2), conduisant à une diminution de la pression partielle en CO2 (pCO2) dans le sang. Même sur une courte période entre 9h et 13h, nous avons observés lors d’un essais une baisse de pCO2, passant d’environ 45 mmHg à 35-40 mmHg, alors que la température avait augmenté de 1,5°C dans le bâtiment.
Cette perte de CO2 provoque une alcalose respiratoire, c’est-à-dire une augmentation du pH sanguin. Les poulets stressés thermiquement à 32°C présentent un pH sanguin de 7.395 contre 7.28 chez les volailles non stressés, et ce pH peut atteindre 7.521 lors de stress aigu. Nos résultats confirment cette tendance avec une légère élévation du pH sanguin entre les premières poules pondeuses prélevées à 9h et les dernières à 13h.

L’hyperventilation et l’oxygénation sanguine

L’augmentation de la fréquence respiratoire entraîne également une meilleure oxygénation du sang. Nos données montrent une élévation de la pression partielle en oxygène (pO2) durant la journée, reflétant cette hyperventilation. Ce phénomène, bien qu’initialement compensatoire, peut devenir problématique s’il persiste, car il aggrave le déséquilibre acido-basique.

La fuite des électrolytes : conséquence de l’alcalose

Pour compenser l’alcalose respiratoire, les reins tentent de maintenir le pH sanguin en réduisant l’excrétion d’acide carbonique et d’hydrogène, tout en augmentant l’élimination de bicarbonate (HCO3-) dans l’urine. Ce bicarbonate en excès entraîne avec lui d’autres ions, notamment le potassium (K+) et le sodium (Na+), créant ainsi une perte électrolytique importante. Le stress thermique provoque également des pertes accrues en phosphore, magnésium et zinc.
Ces électrolytes jouent des rôles métaboliques essentiels : équilibre osmotique, régulation du pH plasmatique et transport des substances à travers les membranes cellulaires. Leur déficit impacte directement les performances zootechniques, la croissance et la ponte.

L’intérêt de la supplémentation électrolytique

La supplémentation en électrolytes via l’eau de boisson contribue à restaurer l’équilibre électrolytique et à réduire les conséquences négatives du stress thermique. Les études montrent que cette approche réduit la mortalité, minimise les pertes de productivité et augmente la consommation alimentaire.
Les formulations efficaces combinent généralement du chlorure de potassium (KCl), du bicarbonate de sodium (NaHCO3), et du sel (NaCl). Le chlorure de potassium à 0,6% dans l’eau s’est révélé particulièrement efficace pour stimuler la consommation hydrique. Le bicarbonate de sodium aide à compenser la perte de bicarbonate urinaire et améliore la qualité de coquille chez les pondeuses.

Recommandations pratiques

Il est recommandé de débuter la supplémentation électrolytique avant l’apparition du stress thermique, dès que les températures sont prévues à la hausse. La durée de traitement recommandée varie de 3 à 10 jours selon la sévérité du stress, avec une administration de 6 à 8 heures par jour. L’équilibre électrolytique alimentaire (DEB = Na+ + K+ – Cl-) devrait idéalement être maintenu à 250 mEq/kg sous stress thermique.
Une attention particulière doit être portée au dosage pour éviter le surdosage, qui peut augmenter l’humidité des fientes et provoquer des dermatites plantaires ou des défauts de coquille chez les pondeuses.